Guide de recherche

Retrouver le parcours d’un soldat de 14-18 dans les archives

Qu’il soit mort au front, revenu blessé ou resté silencieux toute sa vie, un soldat de la Grande Guerre laisse des traces dans cinq fonds d’archives complémentaires. Voici dans quel ordre les interroger.

Par Antoine, fondateur des Grands Papiers · Mis à jour le · 7 min de lecture

Plus de huit millions d’hommes mobilisés, et cinq fonds d’archives

Entre août 1914 et novembre 1918, près de huit millions de Français ont été mobilisés. Qu’un aïeul soit revenu de la guerre sans jamais en parler, qu’il ait été blessé, fait prisonnier ou qu’il soit mort au combat, son parcours ne se trouve pas dans un seul dossier : il se reconstitue en croisant cinq sources publiques, aujourd’hui presque toutes consultables en ligne.

1. Le point de départ obligatoire : la fiche matricule (série R)

Qu’il ait survécu ou non, tout soldat possède une fiche matricule militaire conservée aux archives départementales du lieu où il résidait à ses vingt ans (série R). C’est la colonne vertébrale de la recherche : elle donne ses régiments successifs, ses dates de passage aux armées, ses blessures, ses citations et son numéro matricule au corps.

2. S’il est mort à la guerre : Mémoire des hommes et l’état civil

Sur le portail Mémoire des hommes du ministère des Armées, deux bases nominatives gratuites se complètent :

  • La base des « Morts pour la France » (1,3 million de fiches), qui indique l’unité, le grade, la date, le lieu et la cause du décès (tué à l’ennemi, décédé de ses blessures, maladie contractée en service), ainsi que la commune où l’acte a été transcrit.
  • La base des « Sépultures de guerre », qui permet de savoir si le corps repose dans une nécropole nationale ou un carré militaire communal, avec le numéro précis de la tombe.

Si aucun corps n’a pu être identifié sur le champ de bataille, le décès n’a souvent été inscrit à l’état civil qu’entre 1919 et 1922 : consultez notre guide sur le jugement déclaratif de décès de 14-18. Et si le soldat laissait des enfants mineurs, vérifiez l’existence d’un dossier de pupille de la Nation.

3. Suivre son régiment jour par jour : les JMO et les historiques

Une fois le numéro du régiment connu grâce à la fiche matricule, ouvrez sur Mémoire des hommes le Journal des marches et opérations (JMO) de l’unité (cote 26 N au Service historique de la Défense). Tenu au jour le jour par un officier, il décrit les cantonnements, les tranchées occupées, les ordres d’attaque et parfois la liste nominative des pertes de la journée.

Règle de prudence : l’unité n’est pas l’homme

Un régiment d’infanterie compte plus de trois mille hommes répartis en trois bataillons et douze compagnies. Tant qu’un document ne précise pas le bataillon ou la compagnie de votre ancêtre, le JMO décrit le secteur où se battait son régiment, mais ne prouve pas son emplacement individuel à chaque heure. Dans Le Livre de Papy, cette distinction est toujours maintenue.

4. S’il a été fait prisonnier : les archives du CICR à Genève

Plus de 500 000 soldats français ont été capturés pendant la Grande Guerre. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a numérisé et indexé ses cinq millions de fiches d’agence : en cherchant le nom de votre ancêtre, vous retrouvez le numéro de liste allemande où figure sa capture, le lieu et la date où il a été fait prisonnier, ainsi que ses camps d’internement successifs (Minden, Darmstadt, Friedrichsfeld, Quedlinburg…).

5. Blessures, citations et décorations : SAMHA et Journal officiel

  • Les citations et décorations (Croix de guerre, Médaille militaire, Légion d’honneur) sont publiées au Journal officiel de la République française, interrogeable en plein texte sur Gallica, et dans la base Léonore pour la Légion d’honneur.
  • Les dossiers médicaux hospitaliers sont conservés au Service des archives médicales hospitalières des armées (SAMHA), à Limoges. On peut leur demander par courrier ou courriel la copie du billet d’hôpital ou du registre d’entrées en indiquant les dates d’hospitalisation relevées sur la fiche matricule.

Questions fréquentes

01Peut-on retrouver le parcours d’un soldat qui a survécu à la guerre ?

Oui. La base des « Morts pour la France » ne concerne que les soldats décédés, mais les registres matricules (aux archives départementales), les journaux des marches et opérations (JMO), les fichiers de prisonniers du CICR et le Journal officiel sur Gallica couvrent tous les soldats, survivants compris.

02Comment savoir dans quelle compagnie ou quel bataillon servait mon ancêtre ?

La fiche matricule indique le régiment, rarement la compagnie. Pour trouver le numéro de compagnie, cherchez un acte d’état civil dressé pendant la guerre, une fiche de capture du CICR, un billet d’hôpital, une citation au Journal officiel ou l’adresse figurant sur une carte postale envoyée du front.

03Où trouver une photographie de mon arrière-grand-père en uniforme ?

Les registres matricules ne comportent pas de photographie, seulement un signalement physique écrit. En revanche, les albums régimentaires conservés à l’ECPAD, à la Contemporaine (Nanterre) ou sur le site Chtimiste permettent souvent de voir la caserne, les officiers et le groupe de la compagnie.

Sources

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