Ce que le recensement montre et que l’état civil ne dit jamais
Un acte de naissance ou de mariage photographie une famille un jour précis. Entre deux naissances ou après le départ des enfants, vingt ou trente ans peuvent s’écouler sans aucun acte d’état civil. C’est là qu’interviennent les listes nominatives de recensement de la population, dressées tous les cinq ans en France à partir de 1836 (les années se terminant par 1 et par 6, à l’exception de 1871 reporté en 1872, et de 1916 et 1941 annulés pour cause de guerre, suivis du recensement de 1946).
Classées en série 6 M aux archives départementales (ou conservées en mairie), elles décrivent chaque foyer, maison par maison et rue par rue.
Ce que vous apprenez sur une seule ligne
- La composition complète du ménage : le chef de ménage, son épouse, les enfants présents, mais aussi un grand-parent hébergé, un neveu, un apprenti ou un domestique.
- L’adresse exacte : le hameau, la rue et le numéro de la maison.
- L’âge ou la date et le lieu de naissance : jusqu’en 1901, les listes indiquent généralement l’âge ; à partir de 1906 (et en 1911, 1921, 1926, 1931 et 1936), elles donnent le plus souvent l’année et la commune exactes de naissance de chaque habitant.
- La profession et le patron : entre 1906 et 1936, une colonne précise si la personne est « patron », « employé » ou « ouvrier », et nomme l’entreprise, l’usine ou l’exploitation qui l’emploie.
- La nationalité : indispensable pour repérer une famille venue de Belgique, d’Italie, de Pologne ou d’Espagne.
Pourquoi le recensement de 1906 débloque tant de recherches
L’astuce des généalogistes pour franchir le cap de 1900
Lorsque vous connaissez la commune où vivaient vos arrière-grands-parents au début du XXe siècle mais que vous ignorez où ils sont nés, ouvrez le recensement de 1906 ou de 1911. Contrairement aux recensements du XIXe siècle qui se contentaient d’un âge approximatif, celui de 1906 demande la date et le lieu de naissance précis de chaque membre du foyer. Vous obtenez en une lecture la commune où chercher ensuite leur acte de naissance.
Comment chercher efficacement dans une grande ville
Dans un village de trois cents habitants, parcourir les dix pages du recensement prend cinq minutes. Dans une ville comme Lille, Lyon, Marseille ou Bordeaux, le recensement est découpé en cantons, en quartiers et en rues :
- Relevez d’abord l’adresse exacte sur un acte de naissance, de mariage ou de décès de la même période, ou dans la zone « résidences successives » de la fiche matricule militaire.
- Consultez la table des rues placée en tête du registre de recensement pour savoir à quel quartier ou à quelle section appartient cette rue.
- Suivez les numéros pairs ou impairs de la rue jusqu’à l’immeuble recherché : vous y trouverez non seulement vos ancêtres, mais aussi leurs voisins, qui sont très souvent les témoins cités sur leurs actes d’état civil.
Quels recensements sont consultables en ligne ?
La CNIL autorise la mise en ligne sur internet des listes nominatives de recensement jusqu’en 1946 inclus. En salle de lecture des archives départementales ou communales, les recensements sont librement communicables après un délai de 75 ans (soit jusqu’à celui de 1946, et bientôt 1954).
Questions fréquentes
01Pourquoi n’y a-t-il pas de recensement à Paris au XIXe siècle ?
À Paris, les listes nominatives de recensement n’ont été conservées qu’en 1926, 1931, 1936 et 1946 (elles sont consultables en ligne sur le site des Archives de Paris). Pour le XIXe siècle parisien, on les remplace par les listes électorales, les annuaires Didot-Bottin, les registres matricules et les calepins des propriétés bâties.
02Les âges et dates de naissance des recensements sont-ils toujours exacts ?
Pas toujours. Les informations étaient déclarées oralement à l’agent recenseur par la personne présente au domicile ou par le concierge : un écart d’un ou deux ans sur l’âge ou une commune de naissance orthographiée phonétiquement sont fréquents. Il faut toujours vérifier la date dans l’état civil.
03Pourquoi manque-t-il les années 1916 et 1941 ?
Les recensements prévus en 1916 et en 1941 n’ont pas eu lieu en raison des deux guerres mondiales. De même, celui de 1871 a été reporté à 1872 après la guerre franco-prussienne.