Retrouver l’emplacement exact de la maison ou de la ferme
Dans un village ou un bourg, les rues n’avaient souvent ni nom ni numéro au XIXe siècle : les actes d’état civil et les recensements mentionnent seulement le nom du hameau ou du lieu-dit. Pourtant, si votre ancêtre était propriétaire de sa maison, de sa grange ou d’un jardin entre 1810 et 1914, vous pouvez retrouver la parcelle exacte au mètre près grâce au cadastre napoléonien, conservé en série 3 P aux archives départementales.
L’erreur classique : chercher un nom sur le plan
Presque tous les sites d’archives départementales ont mis en ligne les grands plans colorés du cadastre napoléonien, levés commune par commune entre 1807 et 1850. Mais aucun nom de propriétaire ne figure sur ces plans : chaque maison et chaque champ n’y porte qu’un numéro de parcelle (par exemple « Section B, parcelle 412 »).
Pour relier le nom de votre ancêtre à ce numéro, la recherche se fait toujours en trois étapes.
Les trois étapes : de la matrice cadastrale au plan
- 1. La matrice cadastrale (le registre des propriétaires)
Chaque commune possède des registres appelés matrices cadastrales des propriétés foncières (puis, à partir de 1882, une matrice distincte pour les propriétés bâties). En tête ou en fin de volume se trouve une table alphabétique des propriétaires : cherchez le nom de votre ancêtre, relevez son numéro de compte (« folio »), puis ouvrez la page correspondante.
Vous y découvrez la liste de toutes ses parcelles (section, numéro, lieu-dit, nature : « maison », « cour », « jardin », « terre labourable », « pré »), mais aussi l’année où il a acheté ou hérité du bien, le nom du propriétaire précédent (« tiré de… ») et l’année où il l’a vendu ou transmis (« porté à… »).
- 2. L’état de sections (si vous partez d’un lieu-dit)
Dressé au moment où le plan a été levé, l’état de sections liste toutes les parcelles dans l’ordre numérique (parcelle 1, 2, 3…) avec le nom du propriétaire initial, le lieu-dit et la superficie.
- 3. Le plan parcellaire et le tableau d’assemblage
Ouvrez d’abord le tableau d’assemblage de la commune pour repérer dans quelle feuille (A1, B2, C3…) se situe le hameau. Ouvrez ensuite la feuille de section et zoomez jusqu’au numéro de parcelle relevé dans la matrice : les bâtiments y sont dessinés en rose carmin, avec la forme exacte de la maison, de la cour et du puits.
Comparer le plan de 1830 à la carte actuelle
Les limites des parcelles et le tracé des chemins ruraux ont très peu bougé en deux siècles. En superposant la feuille du cadastre napoléonien avec la vue aérienne actuelle ou la carte IGN sur le portail Remonter le temps de l’IGN, on reconnaît immédiatement si la maison de famille est toujours debout aujourd’hui.
Et si mon ancêtre était locataire ?
Le cadastre ne recense que les propriétaires. Si votre ancêtre était locataire, métayer ou ouvrier logé, croisez deux autres sources : le recensement de population (qui donne l’ordre des maisons le long du chemin et nomme parfois le propriétaire voisin) et les archives notariales ou de l’Enregistrement (baux à ferme ou à loyer enregistrés en série 3 Q).
Questions fréquentes
01Les matrices cadastrales sont-elles numérisées comme les plans ?
De nombreux départements (comme la Corrèze, les Côtes-d’Armor, la Vendée, l’Yonne ou le Calvados) ont mis en ligne les états de sections et les matrices cadastrales à côté des plans. Lorsqu’un département n’a numérisé que les plans, un exemplaire des matrices et des états de sections est conservé aux archives départementales (série 3 P) et un second exemplaire se trouve très souvent à la mairie de la commune.
02Pourquoi le nombre de fenêtres d’une maison est-il indiqué ?
Jusqu’en 1917, l’impôt sur les portes et fenêtres taxait chaque ouverture donnant sur l’extérieur. Les matrices des propriétés bâties indiquent donc le nombre d’ouvertures de chaque maison : une chaumière modeste n’a souvent qu’une porte et une ou deux fenêtres, tandis qu’une maison bourgeoise en compte dix ou quinze.
03Jusqu’à quelle date peut-on suivre une maison dans le cadastre ?
Les matrices du cadastre napoléonien débutent vers 1820-1840, sont refondues en 1882 pour les propriétés bâties, puis mises à jour en 1911 et tenues jusqu’à la rénovation du cadastre entre les années 1930 et 1960. On peut ainsi suivre les propriétaires successifs d’une même maison sur plus d’un siècle.